Coucher Solaire aux Poulains
une pièce photographique de Jean-Baptiste Neau en 3 actes
Acte I : Lune et Soleil
19 h, le 12 Aout 2026, des centaines d’humains sont posés sur les falaises ou se dirigent encore vers le noroît de Belle Île en Mer. Soleil, puissant astre, est fidèle au rendez-vous, comme tous les jours depuis des mois, sur l’île desséchée couleur paille.
19h24, Lune, satellite métronomique du vivant entre en scène. Le spectacle commence, petits et grands, jeunes et vieux devrai-je écrire, sont hypnotisés par l’étreinte des astres. Sur la fameuse pointe des Poulains, ce soir pas de vacarme tumultueux, pas de vagues sculpturales, pas de vent renversant, pas de solitude réconfortante : il se joue un ballet d’ombres et de couleurs, de lumières et de regards sous haute protection. Une ambiance festive et de respect. Des voix chantent, c’est ambiance musicale du concert lyrique qui à cours chez Sarah Bernhardt, quelques exclamations, puis, le silence est plus net sur les falaises. Les oiseaux marins sont surpris on ne les avait pas prévenus de la pièce qui se jouait chez eux ce soir, ils se posent et contemplent la scène.
Acte II : L’or
20h19 c’est le premier instant de fraîcheur de la journée mais celui-ci ne durera qu’une pincée de minutes. Lune ne semble pas vouloir en rester là et continue son chemin, la basse-mer ne peut plus attendre. L’agitation sur le tombolo transformée en table géante, sur les falaises squattées en gradins, peut reprendre. Des familles, des groupes d’amis, des amoureux passent un moment joyeux dans l’air pur et sauvage de l’Océan. Certains goélands profitent des petits cadeaux laissés par inattention par les spectateurs ayant pris l’option diner du spectacle gratuit de l’univers. Les jeunes et les enfants ne s’imaginent pas vraiment en 2081. Pour les gens de mon âge et au delà c’est fichu ou centenaires mais c’est merci. Merci aux astres de nous avoir fait vivre celà bien entourés du monde animal, minéral et végétal.
20h30, Soleil change de costume, c’est l’heure dorée celle des photographes, des amoureux, des rêveurs. La nature entame sa plongée magique vers la nuit, cadeau solaire quotidien. La roche se pare alors de ses couleurs froides et douces, chaudes et fermes. L’horizon est pour les Oiseaux.
Acte III : La nuit se fait désirer
21h30 le soleil passe sous l’horizon. Le troisième acte est celui de l’heure bleue. L’heure de l’apaisement, du bilan de cette journée et du souhait de garder un monde toujours aussi poétique sans aucun horizon industriel que l’homme envisagerait en mer entre l’île de Groix et ici. Les derniers spectateurs sont plus rares, ils ne semblent plus que silhouettes minuscules devant l’immensité de l’Océan. Le phare des Poulains présent et fier depuis le début de la pièce pose devant sa dernière admiratrice et se laisse comme toujours photographier à l’envi.
21h50 Lumière ! Comme toutes les nuits depuis 158 années, la lanterne protectrice des humains en mer s’illumine enfin. Les spectateurs sont partis, des goélands ébaubis décollent pour un dernier petit vol. Il n’y a là plus que l’essentiel : la roche, l’océan, l’air et la vie.
22h30 L’auteur-photographe rentre seul, les yeux, le corps et l’âme alourdis de ces 5 heures de spectacle vivant. Il ne se retourne pas mais il est accompagné du fidèle phare qui le balaie d’un faisceau blanc toutes les cinq secondes. Au moins, cette nuit dans la chaleur de l’été 2026, contrairement aux sorties hivernales le photographe-auteur ne sera pas trempé et les doigts ne seront pas gelés par le vent. Tout est bien aligné : une nuit blanche s’annonce pour commencer l’ écriture d’une pièce photographique dans le calme de la nuit.
Belle Île en Mer - Bretagne - France
COUCHER SOLAIRE AUX POULAINS
Une pièce photographique en trois actes
Ecrite et mise en image par JB Neau (Gibénol)